Poggio Bello

Des files à perte de vue modulent les collines en libérant des suggestions fascinantes

Des collines sculptées par le travail de l’homme, au cours des siècles, pour transformer ce qu’on appelle couramment la viticulture en un ensemble de riches traditions qui continuent à prospérer, là où le soleil réchauffe les doux reliefs entre Conegliano, la ville des institutions du vin, et Valdobbiadene, le coeur battant de la production. Ici le Prosecco règne depuis plus de deux siècles sur des chaînes de collines qui de la plaine remontent jusqu’aux Préalpes. La vigne pousse entre 50 et 500 mètres d’altitude, dans un lieu privilégié où cette variété historique, rustique et vigoureuse, s’exprime avec ses sarments couleur noisette et ses grandes grappes allongées, avec des grains d’un profond jaune doré, noyés dans le vert brillant des grandes feuilles. Ces terres, toutefois, savent offrir beaucoup plus. Au regard, tout semble plein de charme, de suggestions, de trésors d’art et d’histoire, de surprises et de propositions souvent inattendues, conservées dans les vallées ou les nombreux bourgs, disséminés ici et là, où c’est un plaisir de se perdre à la recherche des traces millénaires de la présence de l’homme et de la culture forte des gens.

Idylle magique

Conegliano, noble écrin gardien d'inestimables richesses

Ceinte de solides remparts, à mi-chemin entre la montagne et la plaine, considérée comme un point de passage rapide pour atteindre le Frioul, Conegliano est depuis toujours un site stratégique. Elle naît au XIIe siècle, quand quelques nobles organisent un gouvernement autour de la bastide et du bourg très actif. Au XVIIIe siècle, le château, longtemps centre du pouvoir, est en grande partie démoli pour fournir les matériaux nécessaires à de nouvelles constructions comme le « Palazzo Comunale ». Comme le reste de la Vénétie, la ville passe elle aussi sous la domination de Napoléon puis des Autrichiens qui en développent l’économie et les infrastructures. Avec la construction de la « Strada Maestra d’Italia » et du chemin de fer, le centre vital du pays se déplace plus au sud et en 1866, la ville est englobée dans le royaume d’Italie. Plus de cinquante ans plus tard, Conegliano est occupée par les Empires Centraux et subit de gros dommages. La ville – célèbre pour le patrimoine artistique lié au nom du peintre Giambattista Cima, grand artiste de la Renaissance italienne qui y est né au milieu du XVe siècle – parvient toutefois à renaître grâce surtout au dynamisme des activités économiques qui s’y développent et lui permettent de retrouver une nouvelle splendeur. Aujourd’hui encore, elle constitue en effet un point de référence important pour l’économie du Nord de l’Italie, l’un des centres de production les plus riches du « Triveneto » ainsi que le coeur de l’« Inox Valley » qui continue à exporter ses marques dans le monde entier et qui diffuse un esprit entrepreneurial profondément enraciné dans le tissu social. Le même esprit entrepreneurial qui coule dans les veines de Francesco Fabris et qui allie les savoirs de la tradition au progrès et aux nouvelles technologies.

Labyrinthe du cœur

Arfanta, là ou l'homme observe silencieux un petit et grand univers

Le mystère et la fascination exercée par la migration des oiseaux a depuis toujours passionné les familles Da Ponte et Fabris au point de les pousser à construire de véritables stations ornithologiques. L’amour pour la nature et pour tout ce qui en fait partie sont donc des aspects importants de la pensée d’Andrea Da Ponte, une pensée qui mêle le passé au présent et que Francesco, fils de Pier Liberale, a conservée soigneusement en continuant à cultiver au cours des années la passion héritée de ses ancêtres. C’est ainsi que l’ancien affût d’oiseleur d’Arfanta, recréé à des fins scientifiques en 1956 et camouflé dans les charmilles de la « ragnaia », l’un des éléments typiques des jardins historiques à l’italienne, devient aussi lieu de la mémoire. Tout cela met en évidence la tradition historique d’une famille qui a toujours respecté l’environnement en vénérant la beauté et la simplicité des petites choses, suivant les rythmes des animaux, des plantes et des vignes elles-mêmes sans lesquelles l’art distillatoire ne pourrait exister.